Le cortège aux questions

Quelle est la plus ancienne procession en l’honneur de St Feuillen recensée dans les archives de la ville ?
Selon les sources, la plus ancienne procession en l’honneur de Saint-Feuillen recensée dans les archives date de 1086.
Cet événement historique a été organisé à l’occasion de l’élévation de ses reliques par l’évêque de Liège, Henri de Verdun. Cette cérémonie marquait la reconnaissance officielle du culte du saint dans la région. Bien que d’autres processions importantes soient mentionnées par la suite (notamment en 1232, 1451 ou 1549), celle de 1086 demeure la référence la plus lointaine attestée par les documents d’archives.
Le Serment des Arquebusiers de Fosses a été officiellement créé le 8 août 1566. À cette date, le Prince-Évêque de Liège, Gérard de Groesbeek, a approuvé et confirmé la constitution de cette milice bourgeoise. Cette reconnaissance officielle a marqué le début de l’escorte armée systématique des reliques, dont la première participation effective est enregistrée pour l’édition de 1571.
À titre de comparaison, si l’on imagine l’histoire de cette tradition comme un long livre, cette procession de 1086 en constituerait la toute première page écrite, jetant les bases d’un récit qui continue de s’enrichir à chaque septennale.
J’ai entendu parler du dimanche, très solennel, mais aussi du mercredi des Tchôds-Tchôds. Comment est-ce compatible ?
Une marche, en Entre-Sambre-et-Meuse, est un somptueux mélange entre profane et religieux. Certains moments sont plus solennels, d’autres plus festifs. Longtemps considérés comme étant des commerçants ou travailleurs œuvrant pendant les festivités, nous savons maintenant que les Tchôds-Tchôds étaient essentiellement, au départ, composé d’anticléricaux qui parodiaient la St-Feuillen. Si aujourd’hui la plupart sont des marcheurs d’autres compagnies, la parodie, dans un esprit bon enfant, existe toujours bel et bien. Cette sortie est synonyme d’un esprit « libertaire » et débridé, où la camaraderie est célébrée dans une ambiance joyeuse. Le mercredi fait finalement partie des jours « du lendemain », ceux qui permettent de prolonger encore la fête, comme dans toutes bonnes ducasses wallonnes…
Sources :
Administration communale
« Les Tchôds-Tchôds – Marcheurs « fous » sortis du XIXe siècle – Tome 1 – Luc BAUFAY – 2024.
Mais que vient faire Napoléon là-dedans ?
Rien ! Cependant, certains marcheurs et Fossois semblent maintenant être attaché à ce personnage qui, à la base, était un simple officier de marches, comme les autres.
Il s’agit en fait d’une erreur d’interprétation, par le choix de certains costumes inspirés d’armées du 1er empire, et qui s’est développée dans l’après-guerre par légende urbaine, amplifiée par certains journalistes. Elle a fortement grandi depuis les années 60, à l’heure où l’on se détachait semble-t ’il de certaines traditions. Ce phénomène d’identification à l’Empire n’existe que très peu avant ces années 60 alors qu’actuellement 50% des marcheurs d’Entre-Sambre-et-Meuse s’inspirent des armées françaises, et ont même, pour certaines compagnies, remplacés totalement leur costume traditionnel initial. La présence, à Fosses, d’un homme représentant l’empereur français Napoléon 1er dans les rangs des grenadiers, est issue, selon les dires de Jean ROMAIN, d’un officier qui, dans les années 60, a voulu être « plus chef que les chefs », et a offert un verre à toutes les compagnies dans le but de se faire accepter. Napoléon n’est jamais venu à Fosses. Aucun vrai soldat de Napoléon n’a pu marcher en Entre-Sambre et Meuse lors des passages de troupes puisque c’était la guerre et la famine qui prédominaient. De plus, les marcheurs sont des soldats « improvisés ». Des locaux qui revêtent un costume pour leur fête, pour l’escorte de procession de leur localité. Ce n’est ni de la reconstitution, ni des démonstrations de batailles. Une décharge vise d’ailleurs uniquement à rendre les honneurs.
L’image parfois négative donnée à ce folklore est regrettable. Cependant, dans le Patrimoine culturel immatériel, la légende urbaine ou populaire, même erronée, est parfois plus tenace que la vérité historique….
Sources :
Jean ROMAIN
« En Marches » Bertrand THIBAUT – Aparté éditions
L’astuce du Maire Dejaifve (1802)
Une anecdote insolite concerne la capacité des Fossois à contourner les interdictions pour maintenir leur tradition.
En 1802, sous l’occupation française, les autorités avaient autorisé la sortie des marcheurs mais interdit celle du « Buste » de Saint-Feuillen.
Le maire Lambert Dejaifve (premier propriétaire « civil » de l’actuel Espace Winson) a profité du fait que l’interdiction mentionnait spécifiquement le « Buste » pour faire sortir la nouvelle châsse (reliquaire), arguant que celle-ci n’avait pas été interdite. La procession eut lieu et le rapport de police de l’époque, complice ou dupe, ne mentionna qu’une « kermesse » très bruyante avec… 10 000 coups de feu !
